EBITDA, LE MYTHE ET LA RÉALITÉ
Relève et transfert d'entreprises, Sujets de discussions
EBITDA, LE MYTHE ET LA RÉALITÉ
Plusieurs intervenants œuvrant auprès des PME tels les courtiers, comptables et directeurs de comptes commerciaux utilisent fréquemment un multiple de l’EBITDA ou BAIIA pour déterminer la valeur d’une entreprise. Le BAIIA est l’acronyme pour les résultats avant intérêts, impôts et dotations aux amortissements.
En effet, la notion d’un multiple de l’EBITDA vient irrémédiablement sur le tapis quand il s’agit de l’estimation d’une entreprise que ce soit pour des fins d’acquisition, de fusion, de vente d’actions ou même de disposition fiscale. Toutefois, ce multiple de parité doit être utilisé avec précaution, c’est l’évidence même. En voici les raisons :
- premièrement, le BAIIA n’est souvent jamais normalisé et rajusté. Par conséquent, il ne tient pas compte de la valeur des immobilisations et de ses conséquences sur les flux monétaires. De plus, si nous ne faisons pas de rajustements et normalisations, par exemple, sur les salaires et l’étude du fonds de roulement, nous aurons des distorsions importantes quant à la valeur;
- deuxièmement, ce multiple sert principalement à comparer les entreprises entre elles. Il est le plus souvent utilisé pour des entreprises cotées à la bourse; par conséquent, il est peu adapté au marché privé, et de plus, plusieurs variables doivent être tenus en compte afin de l’utiliser adéquatement. Il n’y a que très peu de sources relativement fiables de multiples pour le marché privé. Les principales sources disponibles sont les bases de données du marché dont l’accès ou l’abonnement requis demeure un investissement dispendieux ;
- troisièmement, le BAIIA, normalisé et rajusté par un multiple, nous donne une indication de la valeur de l’entreprise et non pas des capitaux propres. D’autre part, le BAIIA normalisé ne reflète pas la structure financière (emprunts, contrats de location et actions privilégiées), les incidences fiscales et les exigences en dépenses d’immobilisations futures.
J’en conclus que la majorité des multiples utilisés sont issus de rumeurs ou de ouï-dire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. Ce type de multiples est utilisé avec trop d’insouciance surtout de la part de personnes qui, souvent, sont considérées comme des gens d’influence.
Illustration
Pour bien saisir mon propos, voici un exemple :
Imaginons que vous voulez déterminer la valeur du patrimoine de l’entreprise. Nous devons alors faire l’évaluation des immobilisations, telles l’immeuble, les équipements, les améliorations locatives, les propriétés intellectuelles, etc. De plus, nous devons établir la valeur des actifs à court terme, la valeur des dettes et obligations, s’il y a lieu, pour en arriver à une valeur nette du patrimoine de l’entreprise. Maintenant, est-ce que cette valeur obtenue représente la valeur adéquate de l’entreprise ? Eh bien non ! Ces éléments ne comprennent pas la capacité de générer des flux monétaires futurs.
En finance, la valeur d’une entreprise est l’actualisation de promesses futures avec une bonne adéquation de l’anticipation des risques associés à celles-ci, mais nous devons rajuster les valeurs des immobilisations tels les équipements et l’immeuble afin d’être à parité avec nos comparables. C’est exactement comme si on affirmait que la seule valeur d’un être humain n’est que la valeur de ses biens et ne comprend pas sa capacité de générer des revenus futurs ou l’inverse. Voyons-le autrement, prenons l’exemple d’une entreprise qui génère peu de BAIIA et dont l’immeuble est totalement payé et, qui plus est, vaut deux fois plus que la valeur de l’entreprise. On constate très bien l’illogisme d’utiliser cet indicateur de parité sans rajustement et normalisation sur le BAIIA et les immobilisations pour ainsi indiquer la valeur totale de l’entreprise avec multiple sorti de nulle part.
Cela reflète exactement l’essentiel du débat entourant l’expert en valeur et les différents acteurs qui ne discernent pas les paradigmes des milieux d’affaires.
« La conscience n’est jamais assurée de surmonter l’ambiguïté et l’incertitude. » Edgar Morin,
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Yvon Rudolphe MBA fin., É.A., Adm.A NAI Commercial division groupe conseil |
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